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Chronique

Van Horne en mutation - L'entrepôt et le viaduc

Jean Giguère

Auteur : 

WikiResidence

Source : 

9 janv. 2026

L'avenue Van Horne, artère névralgique du Plateau-Mont-Royal, est à l'aube d'une transformation radicale.

D'un côté, le projet de reconversion de l'emblématique entrepôt Van Horne en complexe hôtelier divise profondément : promesse de revitalisation économique pour les uns, spectre de la gentrification pour les autres.

De l'autre, la Ville annonce la démolition du vétuste viaduc Van Horne pour repenser la mobilité urbaine.
Ces deux projets, apparemment distincts, dessinent-ils ensemble le nouveau visage — et les nouveaux défis — du quartier?

Analyse d'un bras de fer entre développement touristique, infrastructures publiques et quiétude résidentielle.


1. L'éléphant de brique : Le conflit de l'entrepôt

Situé au 1, avenue Van Horne, l'imposant entrepôt de briques rouges est un repère visuel incontournable du paysage industriel montréalais.


Bordant la voie ferrée du Canadien Pacifique, ce bâtiment sous-utilisé est au cœur d'une controverse qui ne s'essouffle pas.


L'idée ? Transformer cette structure massive en un hôtel de destination, incluant espaces commerciaux et bureaux.

 

Si le projet séduit par son ambition architecturale, il se heurte à un mur de scepticisme de la part du voisinage, exacerbé par la crise du logement actuelle.

 

Les enjeux économiques et budgétaires La réhabilitation d'un tel colosse industriel ne se fait pas sans investissements massifs.


Bien que les chiffres exacts des promoteurs restent confidentiels, les analystes du secteur immobilier estiment le budget global à plusieurs dizaines de millions de dollars.

  • Coûts de structure : La mise aux normes sismiques, la décontamination et l'insonorisation (nécessaire vu la proximité du train) représentent à elles seules une part estimée à 30 % du budget total.

  • Retombées économiques : Les défenseurs du projet arguent que l'hôtel créerait environ 150 à 200 emplois directs et indirects (gestion, entretien, restauration).

  • Fiscalité municipale : Pour la Ville, la transformation modifierait l'assiette fiscale.

Les revenus de taxes foncières commerciales sont estimés à plus de 1,5 million de dollars annuellement une fois le projet complété, une manne bien supérieure à l'usage actuel.

 

L'Impact Social : Pourquoi la grogne persiste? 

C'est ici que le bât blesse. Pour les résidents, les bénéfices économiques ne compensent pas les coûts sociaux.


La mobilisation citoyenne s'articule autour de trois craintes majeures:

  1. La crise du logement: Dans un contexte où le taux d'inoccupation frôle le zéro sur le Plateau, voir un immense bâtiment transformé en chambres pour touristes plutôt qu'en logements locatifs est perçu comme un affront.

  2. Nuisances et vie de quartier: L'augmentation du trafic (taxis, livraisons, Uber) inquiète dans un secteur déjà congestionné.

  3. L'effet "Disneyland": La crainte ultime est la dénaturation de l'âme du quartier, transformant un milieu de vie en simple décor pour visiteurs.

 

2. La chute du viaduc: Une barrière tombe

Parallèlement, la Ville a annoncé la démolition du passage supérieur Van Horne, situé à la jonction de la rue Saint-Urbain.


Cet ouvrage d'art, en place depuis des décennies, a atteint la fin de sa vie utile.

 

Pourquoi démolir ?

  • Vétusté et Coûts : Les coûts de réfection seraient exorbitants pour une solution à court terme. La démolition est jugée plus sécuritaire et économique.

  • Mobilité : La configuration actuelle est dangereuse pour les cyclistes et piétons. La démolition permet de repenser l'aménagement au sol (trottoirs élargis, pistes cyclables).

  • Urbanisme: Le viaduc agit comme une barrière physique et visuelle, fragmentant le Mile End, Outremont et le Plateau.

 

Les retombées immobilières locales La disparition de cette structure de béton aura un effet immédiat sur la valeur foncière :

  • Valorisation: Les propriétés riveraines, débarrassées de l'ombre et du bruit du viaduc, pourraient voir leur valeur augmenter significativement.

  • Développement: L'espace libéré au sol ouvre la porte à de nouveaux espaces verts (parcs de poche) et potentiellement à de nouveaux développements sur des terrains adjacents sous-utilisés.

 

3. Analyse: Les deux projets sont-ils reliés ?

Bien que portés par des entités différentes (privé pour l'entrepôt, public pour le viaduc), ces deux chantiers sont intrinsèquement liés par la géographie et par leurs conséquences cumulées.

 

Une synergie involontaire mais puissante

La démolition du viaduc pourrait bien être le "catalyseur" qui manquait au projet de l'entrepôt.

  • L'accès et l'esthétique : Un hôtel de prestige au 1, avenue Van Horne aurait souffert de la proximité immédiate d'un viaduc décrépi.

  La création d'un boulevard urbain moderne, vert et apaisé au pied de l'immeuble rend le projet hôtelier soudainement plus viable et plus luxueux.

  • L'accélération de la gentrification : C'est le point de friction.

  La combinaison d'un hôtel haut de gamme et de la bonification majeure de l'espace public (via la démolition du viaduc) risque de créer une pression immobilière intense sur ce secteur précis.

 

Le défi de la coordination Le principal défi sera la gestion de la transition.


Si les travaux de démolition du viaduc (qui perturberont la circulation) se chevauchent avec le chantier massif de l'entrepôt, le secteur Van Horne/Saint-Urbain risque la paralysie totale pendant plusieurs années.

 

Le dossier Van Horne dépasse le simple cadre de l'urbanisme : il pose la question fondamentale de la ville que nous voulons pour demain.


Une ville vitrine connectée et touristique, ou une ville habitable et abordable pour ses citoyens ?

 

La simultanéité de la transformation de l'entrepôt et de la démolition du viaduc suggère que ce secteur est appelé à devenir le nouveau pôle de développement majeur du centre de l'île.


Reste à savoir qui pourra se permettre d'y habiter une fois la poussière retombée.

 

Nous continuerons de suivre l'évolution de ces projets majeurs sur Wikiresidence.ca

 

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