
Jean Giguère
Auteur :
WikiResidence
Source :
28 juil. 2026
Dans un contexte où la pression immobilière est omniprésente dans la région métropolitaine, une transaction foncière de 34 hectares à L’Île-Bizard redéfinit le développement territorial.
Pour la toute première fois au Québec, la Fiducie agricole UPA-Fondaction et Conservation de la nature Québec s'unissent pour acquérir conjointement une terre.
L'objectif ? Soustraire ce vaste espace à la spéculation immobilière, soutenir une nouvelle relève agricole diversifiée et protéger des milieux naturels d'une richesse inestimable. Un modèle d'innovation sociale et environnementale qui promet des retombées directes pour les communautés locales et la biodiversité montréalaise.
Aujourd'hui, nous nous penchons sur un projet qui prouve que l'aménagement du territoire peut rimer avec résilience et communauté.
Dans l'arrondissement L’Île-Bizard-Sainte-Geneviève, à Montréal, une terre agricole de 34 hectares vient d'être sauvée des rouages du marché spéculatif.
La Fiducie agricole UPA-Fondaction et Conservation de la nature Québec ont annoncé une acquisition conjointe historique. Il s'agit d'une première au Québec : un organisme dédié à la protection du patrimoine agricole et un autre voué à la conservation de la nature qui unissent leurs forces, leurs expertises et leurs capitaux pour maintenir deux vocations complémentaires sur un même site, sans jamais en compromettre l’intégrité.
Détails du projet et impact financier (Budgets et Partenaires)
Le financement d'une telle acquisition sur l'île de Montréal — où la valeur foncière de 34 hectares (près de 3,6 millions de pieds carrés) se chiffre à plusieurs millions de dollars — a nécessité un montage financier complexe et collaboratif.
Ce projet d'envergure n'aurait pu voir le jour sans la contribution de l'ancienne propriétaire, la Fondation R. Howard Webster. Le gouvernement du Québec a également injecté des fonds cruciaux via le projet Accélérer la conservation dans le sud du Québec (ACSQ). À cela s'ajoutent les investissements de la Fiducie Pacha Mama, de la Fondation Familiale Marc Bieler et de généreux donateurs.
L’impact économique de cette fiducie d'utilité sociale est majeur : en retirant cette terre du marché spéculatif traditionnel, la valeur du sol est gelée à des fins d'usage. Cela permet d’offrir des baux abordables à une relève agricole qui, face aux prix exorbitants des terres métropolitaines, n'aurait jamais eu les moyens de s'établir à Montréal.
Une protection institutionnelle : Le "paysage humanisé" Ce type de collaboration est d'ailleurs facilité par un statut juridique particulier. Depuis 2021, le gouvernement québécois a octroyé la désignation de « paysage humanisé » à la partie ouest de L'Île-Bizard. Ce statut agit comme un bouclier limitant la spéculation, protégeant le paysage, la vocation agricole et les écosystèmes.
Danielle Myrand, mairesse de l’arrondissement, le souligne avec enthousiasme : « Ce projet novateur permettra à la fois de préserver la vocation agricole de cette terre, de favoriser l’établissement d’une nouvelle relève agricole et de protéger des milieux naturels d’une grande valeur écologique. »
Impact Social et Profil des Locataires : Nourrir la communauté Sur le plan social, le projet est une véritable pépinière de diversité et de solidarité. Les futurs agriculteurs locataires déploieront des projets aux retombées locales tangibles :
L'inclusion par l'alimentation : Hamidou Maïga, originaire du Niger, y cultivera des légumes et herbes africains. Son objectif est d'alimenter les multiples diasporas présentes à Montréal, répondant ainsi à une forte demande pour des produits culturels spécifiques cultivés localement.
La tradition maintenue : Jean-Simon Théorêt, issu d’une famille agricole établie de longue date dans le secteur, assurera la continuité d'un savoir-faire local en cultivant du maïs sucré et des melons d’eau.
La sécurité alimentaire : Pascal Boucher, Rodrigo Aramba Garcia et Mathis Hissoud consacreront leurs parcelles à la production de légumes racines. Leur mission ? Approvisionner directement les cuisines communautaires de Montréal, un impact social inestimable en temps d'inflation alimentaire.
Bien que le site ne soit pas destiné au tourisme de masse, les statistiques de fréquentation indirecte se mesureront par les milliers de repas servis dans les cuisines communautaires et les familles nourries grâce aux circuits courts.
Impact Écologique et Calendrier de restauration
La portion écologique n'est pas en reste. Carine Deland, directrice générale de Conservation de la nature Québec, rappelle que « cette initiative démontre qu’il est possible de protéger des milieux naturels d’une grande valeur écologique tout en assurant le maintien de la vocation agricole du territoire ».
Dans les mois et années à venir, les équipes documenteront, suivront et restaureront les milieux boisés, humides et ouverts de la propriété. Ces espaces rendent des services écologiques essentiels : régulation des eaux (cruciale sur une île), résilience face aux changements climatiques, et sanctuaire pour les oiseaux champêtres et les pollinisateurs comme le papillon monarque.
Ce projet de L'Île-Bizard crée un précédent fascinant pour le développement urbain et rural au Québec. Il démontre aux promoteurs, aux municipalités et aux investisseurs que l'alliance entre l'agriculture de proximité, la conservation environnementale et l'inclusion sociale peut générer une valeur bien supérieure à la simple spéculation foncière. Une initiative à surveiller de près, qui inspirera assurément d'autres fiducies dans la grande région de Montréal et ailleurs dans la province.
