
Jean Giguère
Auteur :
WikiResidence
Source :
7 sept. 2026
Poursuivant notre étude du système éducatif et de son intégration urbaine dans le Grand Montréal, voici une initiative qui attire de plus en plus l'attention dans la métropole : les places-écoles.
À travers l'exemple inspirant de l'école Marie-Favery dans le quartier Villeray, nous analysons comment une intervention urbaine à très faible coût peut transformer la sécurité, la vie de quartier et l'économie locale.
Découvrez les retombées financières et sociales de ces projets qui redessinent la métropole, une rue à la fois.
Repenser l'espace autour de nos écoles
Dans des quartiers denses où le mètre carré est précieux, les places-écoles agissent essentiellement comme des prolongements des cours de récréation sur le domaine public.
Ce n'est d'ailleurs pas un luxe pour plusieurs établissements. Prenons le cas de l'école primaire Marie-Favery, située au cœur de Villeray avec une façade d'intervention sur la rue Boyer).
En 2018, l'ajout nécessaire d'unités modulaires pour pallier le manque d'espace intérieur avait malheureusement grugé l'espace de jeu des élèves. La place-école est devenue la solution toute désignée pour redonner de l'air aux enfants.
Fréquentation et portrait de l'école Marie-Favery
Adresse : 7800, avenue de Chateaubriand, Montréal (QC) (Intersection Villeray / Boyer)
Fréquentation : L'établissement accueille environ 500 élèves du quartier (niveaux préscolaire et primaire), une clientèle bouillonnante qui nécessite des infrastructures extérieures adaptées et sécuritaires.
Le projet : De l'idée à la rue Boyer
Porté avec passion par le conseil d’établissement de l’école, ce projet était dans les cartons depuis deux ans.
L’arrondissement a finalement donné le coup d’envoi aux travaux le 24 août dernier, à quelques jours de la rentrée scolaire. La raison de ce synchronisme ? Une pure logique d'opportunité, explique l'élue locale de Projet Montréal : le début d’un chantier de remplacement des entrées d’eau en plomb sur la rue Boyer offrait la parfaite occasion de profiter de l’absence de circulation automobile pour aménager cette placette-école en toute sécurité.
Impacts économiques et financiers : Un ratio coût/bénéfice exceptionnel
Et ça coûte combien, transformer une rue en cour d'école ? La réponse est étonnamment basse. Ce type d'intervention tactique est ce qu'on appelle en urbanisme un projet « petit, mais à haut impact, et à frais très minimes ».
Facture d'aménagement : 6 376,37 $ (déboursés par l'arrondissement).
Ressources optimisées : Ce montant exclut les ressources internes de l'arrondissement et le coût du mobilier (comme les blocs de béton sécurisant le périmètre) qui se trouvaient déjà en inventaire.
Implication de l'école : La dynamisation et la peinture au sol ont été prises en charge financièrement par l'école elle-même.
Ajouts futurs : Une table à pique-nique accessible universellement sera ajoutée dans les prochaines semaines.
L'impact économique local : Loin de nuire aux commerces, la piétonnisation de ces tronçons crée des milieux de vie favorables à l'achat local. Mélissa Argueta, propriétaire de la microboulangerie-café Margo-Lina (située à l'angle de Villeray et Boyer avec une vue directe sur la place-école), en témoigne : « C’est chouette. Ça amène vraiment les familles, les enfants. »
Impact social : Sécurité et esprit de communauté
L'objectif premier d'une place-école ou d'une rue-école n'est pas seulement ludique ; il est sécuritaire. En éloignant les voitures des portes de l'établissement, on réduit drastiquement les risques d'accidents lors des heures de pointe scolaires.
La boulangère Mélissa Argueta résume parfaitement ce sentiment de soulagement partagé par les résidents : « C’est vraiment pour la sécurité routière que je suis en faveur. Deux fois, j’ai failli me faire frapper en sortant d’ici. » En sécurisant les intersections, le projet apaise le trafic, encourage les déplacements actifs (marche, vélo) et crée une agora communautaire où les parents peuvent tisser des liens après la cloche.
Ailleurs sur l'île : La tendance à Montréal
Le modèle de Villeray s'inscrit dans un mouvement plus large à travers l'île de Montréal, fortement inspiré du concept de « School Streets » à l'international. Voici d'autres exemples probants de projets similaires :
Le Plateau-Mont-Royal : L'arrondissement pionnier a transformé les abords des écoles Paul-Bruchési et Lanaudière (Avenue de Lorimier / Rue Lanaudière) en véritables milieux de vie piétonniers.
Rosemont–La Petite-Patrie : De nombreux projets de ruelles vertes et de rues ludiques adjacentes aux écoles, notamment près de l'école Saint-Denis, où l'espace public a été repensé pour la mobilité active.
Mercier–Hochelaga-Maisonneuve : L'école Baril a bénéficié d'aménagements sécuritaires et de verdissement intensif pour contrer les îlots de chaleur tout en sécurisant les corridors scolaires.
Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension : Outre Marie-Favery, le secteur de l'école Saint-Gérard a également vu des réaménagements importants (rue de l'Épée) pour prioriser les piétons.
