
Jean Giguère
Auteur :
WikiResidence
Source :
4 mars 2026
Alors que Montréal façonne son futur Plan d'urbanisme et de mobilité (PUM) 2050, une initiative inédite donne la parole aux citoyens les plus discrets : les enfants de 4 à 12 ans.
Le rapport « Raconte-moi ta ville » de Concertation Montréal (CMTL) révèle une vision urbaine axée sur la nature, la sécurité de proximité et la convivialité.
Entre statistiques de fréquentation et impacts sociaux, cette analyse décortique comment l'aménagement résidentiel et urbain doit s'adapter pour retenir les familles et garantir un développement économique durable.
L’urbanisme participatif : Un levier pour la rétention des familles
Dans le jargon des promoteurs immobiliers et des urbanistes, on parle souvent de densité, de coefficient d’occupation des sols et de flux de transport.
On oublie pourtant que l’unité de base de la vie résidentielle est la famille.
L'organisme Concertation Montréal (CMTL) a mené une vaste consultation auprès de 111 enfants (69 dans les parcs et 42 en Centres de la petite enfance) provenant de divers arrondissements montréalais.
L’objectif ? Intégrer la vision des tout-petits dans la refonte du cadre bâti montréalais.
Pour un journaliste immobilier, ce rapport est une mine d'or : il définit les commodités de demain qui feront la valeur des quartiers.
Statistiques et données de fréquentation L'étude montre que les enfants perçoivent la ville à travers des « micro-destinations ».
Les parcs ne sont pas seulement des espaces verts, mais des extensions du salon familial.
Échantillon : 111 enfants de 4 à 12 ans, parlant français, anglais, arabe, espagnol et ukrainien.
Lieux de consultation : 11 parcs et 4 CPE répartis sur l'île de Montréal.
Préférences : Si les filles ont une propension pour les cabanes dans les arbres et les espaces de création (peinture), les garçons privilégient les infrastructures sportives (ballon de soccer).
Ces données soulignent l'importance de la mixité des usages dans les nouveaux projets de développement résidentiel.
Impact social et aménagement urbain L'impact social de cette démarche est majeur.
En consultant les enfants, la Ville reconnaît leur statut de citoyen à part entière.
Le rapport souligne un besoin criant de sécurité : la ville « idéale » des enfants est exempte de voitures rapides et riche en parcours ludiques.
Pour le secteur de l'immobilier résidentiel, cela signifie que la valeur d'un actif ne réside plus seulement dans le bâtiment lui-même, mais dans sa porosité avec l'espace public sécurisé.
Un quartier « marchable » pour un enfant de 6 ans est un quartier où les parents choisiront de s'établir à long terme, luttant ainsi contre l'exode vers les banlieues.
Budgets et impacts économiques Bien que le rapport de consultation soit un outil qualitatif, il s'inscrit dans un contexte financier robuste.
Il y a quelques années, la Ville de Montréal a investi 176,3 millions de dollars spécifiquement dans les parcs, les espaces verts et les terrains de jeux, sur un budget total d'investissement de près de 1,9 milliard de dollars.
D'un point de vue économique, investir dans une ville adaptée aux enfants génère un rendement élevé.
Les études en économie urbaine démontrent qu'un environnement sain dès la petite enfance réduit les coûts sociaux à long terme (santé, réussite scolaire) et augmente l'attractivité de la métropole pour une main-d'œuvre qualifiée et stable.
Chaque dollar investi dans l'aménagement de proximité pour les familles consolide l'assiette fiscale municipale en maintenant les ménages sur le territoire.
Résumé des résultats de l'étude : La ville vue par ses enfants
Pour mieux comprendre la portée de cette consultation, voici une synthèse des données recueillies et des aspirations exprimées par les jeunes participants.
1. Profil des participants et territoires
L'étude a privilégié une approche inclusive pour refléter la diversité montréalaise :
Nombre de participants : 111 enfants ont été consultés directement.
Âge : Deux groupes distincts, soit les 4-5 ans (consultés en CPE) et les 6-12 ans (rencontrés dans les parcs).
Territoires représentés : Les interventions ont couvert 11 parcs et 4 CPE répartis dans plusieurs arrondissements, notamment : Le Plateau-Mont-Royal, Rosemont–La Petite-Patrie, Ville-Marie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, LaSalle, Montréal-Nord, Ahuntsic-Cartierville, Saint-Laurent et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.
Diversité : Les enfants s'exprimaient en plusieurs langues (français, anglais, espagnol, arabe, ukrainien), illustrant le caractère cosmopolite de la métropole.
2. Les sujets de prédilection (Ce qui les passionne)
Les ateliers ont révélé que les enfants ne sont pas seulement des utilisateurs passifs, mais des observateurs fins de leur environnement :
La nature et l'eau : Une fascination marquée pour les éléments naturels. Les fontaines, les jeux d'eau, les arbres (pour grimper ou construire des cabanes) et la présence d'animaux sont au sommet de leurs intérêts.
Le jeu libre et l'aventure : Ils privilégient les structures qui permettent l'imaginaire (châteaux, cachettes) plutôt que les modules de jeux trop rigides.
La mobilité active : Le vélo et la trottinette sont perçus comme des symboles de liberté, à condition que les pistes soient séparées des voitures.
3. Principales recommandations des enfants
Le rapport synthétise leurs demandes en plusieurs axes concrets pour les urbanistes :
Sécurisation des parcours : Réduire la vitesse automobile et augmenter la signalisation ludique pour que le trajet entre la maison, l'école et le parc devienne un espace de jeu sécuritaire.
Verdissement massif : Remplacer le béton par de la pelouse et des arbres. Pour eux, une ville « grise » est une ville triste.
Accès gratuit à la culture et au sport : Ils recommandent plus de bibliothèques de rue, de pianos publics et de terrains multisports accessibles sans réservation complexe.
Mobilier urbain adapté : Des bancs et des tables à leur hauteur, ainsi que des zones d'ombre pour se reposer durant l'été.
4. Constat social majeur
L'étude souligne un point fondamental pour le développement urbain : le sentiment d'appartenance.
Les enfants qui participent à la définition de leur quartier développent un respect accru pour le mobilier urbain et les espaces publics, réduisant ainsi les risques de dégradation à long terme.
Ces résultats démontrent que les besoins des enfants rejoignent souvent ceux des aînés (sécurité, bancs, ombre, nature).
En concevant des projets immobiliers répondant aux recommandations de ce rapport, les promoteurs ne créent pas seulement des logements, mais des milieux de vie résilients et intergénérationnels.
Vers un Montréal 2050 plus humain
Le rapport « Raconte-moi ta ville » n'est pas qu'un recueil de dessins d'enfants ; c'est un cahier de charges pour les décideurs.
Pour nous, acteurs de l'immobilier et du développement, le message est clair : la résilience de notre marché résidentiel passera par notre capacité à bâtir des quartiers où l'on peut, selon les mots d'un jeune participant, « courir sans avoir peur ».
Sources de référence :
Rapport enfance CMTL – Raconte-moi ta ville (2022)
Bilan financier 2022 de la Ville de Montréal
Plan d'urbanisme et de mobilité (PUM) 2050
