
Jean Giguère
Auteur :
WikiResidence
Source :
24 sept. 2026
Montréal franchit un jalon historique en se hissant au 1ᵉ rang mondial du Global Destination Sustainability Index (GDS-Index) 2026 dans la catégorie stratégique de la Gestion de la destination (DMO).
Devant des références telles qu'Helsinki, Victoria et Copenhague, la métropole québécoise récolte les fruits d'une gouvernance intégrée liant résilience climatique, vitalité des quartiers et cohabitation citoyenne.
Grâce à des outils novateurs comme le Fonds d'urgence et d'adaptation aux changements climatiques (FUAC), un encadrement rigoureux de l'immobilier touristique et des investissements structurants en mobilité active, Montréal redéfinit le rôle de l'urbanisme et du tourisme responsable pour préserver l'habitabilité de ses quartiers.
Comprendre le critère
Le GDS-Index évalue la performance des métropoles à travers 74 indicateurs rigoureux répartis en quatre piliers : performance environnementale, performance sociale, chaîne d'approvisionnement et gestion de la destination.
Si le top 10 global consacre l'attractivité générale, c'est bien la catégorie Gestion de la destination (Destination Management) qui distingue Montréal au premier rang mondial.
Ce volet n'évalue pas seulement l'attraction de visiteurs, mais la maturité de l'organisme de gestion (Tourisme Montréal, en concertation avec la Ville de Montréal) à piloter le territoire :
Gouvernance et stratégie d'impact : Déploiement d'un plan climat aligné sur les cibles de carboneutralité municipale 2050.
Résilience opérationnelle : Capacité d'anticipation et de soutien financier face aux chocs environnementaux extrêmes.
Politiques de cohabitation et régulation : Mesures de préservation du tissu résidentiel, gestion des flux piétons et accessibilité universelle.
Ce résultat consacre un changement de paradigme : la gestion urbaine touristique ne vise plus le volume brut à tout prix, mais la régénération et la protection du milieu de vie des Montréalais.
Initiatives phares et choix stratégiques
1. Le Fonds d'urgence et d'adaptation aux changements climatiques (FUAC)
Lancé par Tourisme Montréal avec une enveloppe dédiée de 1 000 000 $, le FUAC représente une première nord-américaine. Il offre un filet de sécurité financier ainsi que des outils de contingence (grilles d'évaluation de vulnérabilité, audits d'infrastructures) pour les festivals et événements extérieurs — comme le Festival International de Jazz ou les FrancoFolies — lorsqu'ils font face à des épisodes de pluie torrentielle, des vagues de chaleur accablante ou des épisodes de fumée de feux de forêt. Ce mécanisme protège à la fois la viabilité des promoteurs culturels, l'emploi des équipes techniques et l'attractivité des places publiques.
2. Conciliation entre offre hôtelière et marché locatif résidentiel
Pour contrer la cannibalisation du parc locatif par les plateformes d'hébergement temporaire de type Airbnb, la métropole a fait le choix d'un encadrement zoné très strict (notamment dans les arrondissements centraux comme Ville-Marie, Le Plateau-Mont-Royal et le Sud-Ouest). Cette gestion proactive oriente plutôt les flux vers l'industrie hôtelière certifiée écoresponsable et protège l'accessibilité au logement pour les résidents permanents.
3. Mutualisation et circularité événementielle
À travers la stratégie Destination harmonieuse, Montréal impose l'élimination des plastiques à usage unique, la redistribution systématique des surplus alimentaires en partenariat avec des banques alimentaires (ex. La Tablée des Chefs), et l'intégration de normes universelles d'accessibilité avec Kéroul.
Fréquentation et retombées économiques : les chiffres
La vigueur de la gouvernance montréalaise s'appuie sur une reprise solide couplée à un ciblage qualitatif des flux de voyageurs :
Indicateur | Données annuelles estimées | Impact / Tendance |
Achalandage global | 11,2 millions de visiteurs | Retour aux seuils pré-pandémiques avec étalement sur 4 saisons |
Dépenses touristiques directes | 5,1 milliards $ CA | Injection majeure dans la restauration, les commerces et la culture |
Passagers à YUL (Aéroport Montréal-Trudeau) | ~21,5 millions | Forte hausse des liaisons directes ferroviaires et aériennes internationales |
Taux d'occupation hôtelière estival | 78 % à 84 % | Revenu par chambre disponible (RevPAR) en progression continue |
Enveloppes dédiées à la transition | > 15 millions $ | Sommes allouées aux programmes climats, verdissement et fonds FUAC |
L'étalement des grands congrès internationaux au Palais des congrès durant les saisons intermédiaires (printemps et automne) permet d'optimiser l'infrastructure hôtelière sans surcharger les réseaux de transport en plein pic estival.
Impact social et dynamiques de développement urbain
Sur le plan de l'aménagement urbain et de l'immobilier résidentiel, la performance de Montréal apporte des bénéfices directs :
Vitalité des artères commerciales de quartier : La décentralisation des activités hors du seul Vieux-Montréal vers des artères piétonnisées l'été (avenue du Mont-Royal, rue Wellington, rue Sainte-Catherine Est) stimule les commerces de proximité et valorise les immeubles mixtes environnants.
Apaisement de la circulation et mobilité active : Le déploiement continu du Réseau express vélo (REV) et l'intégration du Réseau express métropolitain (REM) réduisent l'empreinte carbone des déplacements pour les visiteurs comme pour les navetteurs résidents.
Cohabitation harmonieuse : En limitant la prolifération des meublés touristiques illégaux, la politique urbaine préserve le sentiment d'appartenance et la sécurité communautaire au cœur des quartiers centraux.
En se classant au sommet de la gestion de destination, Montréal démontre qu'une politique touristique moderne est avant tout un levier d'urbanisme durable, conçu pour bonifier la qualité de vie locale avant même d'accueillir le reste du monde.
