Jean Giguère
Author :
WikiResidence
Source :
Oct 27, 2025
L'édifice Grover, ancienne usine de confection de la rue Parthenais, est devenu un emblème de la résilience culturelle montréalaise.
Après une bataille acharnée contre sa conversion en condos au milieu des années 2000, le bâtiment abrite aujourd'hui une communauté florissante de plus de 200 artistes, artisans et travailleurs culturels.
L'article explore son riche historique, sa transformation et son rôle crucial dans l'économie et le paysage socioculturel de la métropole
Historique : De l'Industrie au Pôle de Création
L'édifice, situé aux 2025 à 2065, rue Parthenais dans le quartier Sainte-Marie (Arrondissement Ville-Marie), a une histoire profondément ancrée dans le passé industriel de Montréal.
Construit en 1923 pour la compagnie Knit-to-Fit, il a été agrandi en 1941.
Il a servi pendant des décennies à l'industrie du vêtement.
La concurrence internationale a finalement mené à la fermeture de l'usine en 1993.
Le bâtiment, alors désaffecté, a progressivement été réinvesti par des artistes, artisans et petites entreprises, attirés par les vastes espaces et les loyers initialement abordables, caractéristiques des anciens bâtiments industriels.
La Transformation : Une Bataille pour l'Art
La véritable transformation de l'édifice Grover n'est pas structurelle, mais socio-économique.
En 2004, l'annonce d'une offre d'achat par des promoteurs immobiliers visant à convertir le bâtiment en un vaste complexe résidentiel de plus de 200 unités, y compris des condos de luxe, a mis en péril près de 300 travailleurs culturels qui y louaient des ateliers.
Ce projet nécessitait un changement de zonage d'industrie légère à l'habitation.
Les locataires se sont mobilisés rapidement en créant la Coalition Sauvons l'usine, puis la
Coopérative Sauvons l'usine.
Leur lutte, très médiatisée, visait non seulement à contrer le changement de zonage, mais aussi à acquérir le bâtiment pour assurer la pérennité de leurs espaces de travail.
Bien que la Coopérative ait finalement échoué dans son projet d'acquisition, leur mobilisation a été un tournant pour Montréal.
Elle a mis en lumière la vulnérabilité des ateliers d'artistes en milieu urbain et l'importance de les protéger face à la spéculation immobilière.
Locataires et Communauté Actuelle
Malgré la vente, l'édifice Grover est demeuré, en grande partie, un lieu de création essentiel.
Aujourd'hui, il continue d'abriter une communauté dynamique et diverse de créateurs.
Le Chat des artistes : Une partie significative de l'immeuble est occupée par l'organisme à but non lucratif Ateliers Créatifs Montréal (anciennement Ateliers Créatifs), qui gère l'espace du Chat des artistes.
Ce lieu offre des ateliers abordables et sécurisés, stabilisant une partie de la communauté créative.
Diversité des Pratiques: Les locataires actuels sont des artistes en arts visuels, des designers, des artisans, des musiciens, des éditeurs et d'autres professionnels de la culture.
Cette concentration d'individus favorise les échanges artistiques, les collaborations et une synergie créative rare.
Événements Clés : L'édifice est le théâtre d'événements majeurs comme la Virée des ateliers et le Marché des fêtes – Chat des artistes – Grover, des portes ouvertes annuelles qui permettent au public de rencontrer les créateurs et d'acheter leurs œuvres directement.
Impact Économique et Socioculturel à Montréal
L'édifice Grover ne fait pas que loger des artistes; il génère des retombées substantielles pour la métropole.
Impact Économique
Maintien d'Emplois Culturels : En préservant des ateliers abordables pour environ 200 à 300 travailleurs culturels, l'édifice Grover soutient l'emploi et la production de biens et services culturels locaux.
Attractivité et Revitalisation : Le pôle de création des Faubourgs, dont Grover est un pilier, contribue à la revitalisation urbaine de son quartier.
La présence d'artistes est un moteur reconnu de développement économique local, attirant d'autres commerces et résidents.
Économie Créative : Les créateurs de Grover participent activement à l'économie créative montréalaise, une composante clé de l'identité et de la réputation internationale de la ville.
Impact Socioculturel
Pérennisation de la Création : La lutte pour Grover est devenue un symbole de la nécessité de protéger les lieux de création face à la gentrification.
Elle a encouragé la Ville de Montréal à développer des politiques et des fonds d'acquisition pour des « pôles culturels » (comme le Chat des artistes ou l'organisme PME MTL).
Mixité Urbaine : Les ateliers d'artistes contribuent à la mixité fonctionnelle des quartiers centraux, un atout de qualité de vie en opposition aux zones exclusivement résidentielles ou commerciales.
Tissu Social : L'édifice Grover est un incubateur social où l'isolement souvent associé à la pratique artistique est contré par des échanges quotidiens et des collaborations.
Il renforce le capital social et l'identité symbolique du quartier.
Tout près de la Grover, rue Parthenais, deux autres immeubles industriels seront condamnés pour faire place à des habitations.
L’ex-usine Ventblo sera notamment démolie pour faire place à 39 logements, dont 20 % abordables.
Le constructeur Marc-Antoine Chevalier, du groupe Chevalier Séguin, s’engage à aménager un espace à vocation culturelle au rez-de-chaussée du bâtiment de cinq étages.
« On espère que ça deviendra une institution dans le quartier. Ce sera à la communauté artistique locale de donner la couleur à ce local abordable », dit-il.
En somme, l'édifice Grover témoigne de l'importance vitale des espaces de création abordables et sécurisés pour la survie du milieu artistique montréalais, jouant un rôle de phare pour la résilience et la vitalité culturelle de la ville.
